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Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"
Du rock derrière le rideau

dimanche 30 août 2009, par Vincent Ouslati

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Regardez bien cette pochette d’une rare beauté, voyez cette merveille de composition graphique, ces contrastes, cette lumière mettant en valeur les éléments forts. Oui, le groupe s’appelle Bijelo Dugme d’accord, on peut voir ça en haut et... oui on peut noter sur la droite ce bouton blanc qui fait se taper le front à nos amis ex-yougoslavophiles puisque "Bijelo Dugme" signifie bien entendu "bouton blanc" dans notre belle langue. Non, le détail que vous n’avez bien entendu pas noté, myopes vierges que vous êtes, c’est cette fabuleuse paire de seins savamment couverte/découverte par une maudite veste en jean fleurant bon les années 70. Toute une époque d’insouciance et d’excès condensée en un torse féminin d’une troublante sensualité. Certains graphistes sont des génies.

Bijelo Dugme est certainement l’un des groupes de rock parmi les plus célèbres et influents de la scène d’ex-Yougoslavie. Actifs de 1974 à 1989, cette bande basée à Sarajevo va réveiller les dormeurs quelque peu embrouillés dans la machine soviétique et y apporter un vent de fraîcheur bienvenu. Et celui qui peut se vanter d’avoir cousu ce bouton blanc à sa jaquette, c’est Goran Bregović qui alors jeune violoniste membre du conservatoire et jugé "sans talent" se verra consolé par sa maman via l’achat d’une guitare. On ne remerciera jamais assez sa mère pour cet heureux cadeau.

Goran Bregović dira souvent qu’une des principales motivations de la naissance du groupe sera la plus grande réceptivité des femmes aux musiciens. Fondateur du groupe, il en sera aussi le principal compositeur et auteur, bien que la plupart des grands tubes seront finalement composés par les autres membres de Bijelo Dugme. Ce premier album de 1974 est clairement sous les influences du rock psychédélique des années 60, Jefferson Airplane, Vanilla Fudge mais surtout Iron Butterfly avec la pièce d’introduction de dix minutes kad bi’ bio bijelo dugme présente sur ce premier disque. A l’instar du manifeste In-a-gadda-da-vida, cette splendeur vaut à elle seule l’achat du disque. Tous les ingrédients de l’époque y sont, le clavier fantômatique, la rythmique costaude, la lente montée, le solo de guitare, les riffs saccadés pour un vrai petit bijou de rock slave.

L’on vogue par la suite entre compositions très blues et rock pur jus à l’ancienne manière, le chanteur Željko Bebek qui quittera la bande en 1984 est impeccable, et prouve à l’instar de Kipelko chez Aria (heavy metal russe) que les langues slaves peuvent être aussi mélodiques que l’anglais. Pas follement novateurs nos boutons blancs, mais ils ont le sens de la chanson qui va mettre le feu en concert, Sve cu da ti dam samo da zaigram avec son riff de guitare entêtant et son clavier en accompagnement que ne pourrait renier un Jon Lord est furieusement sexy. Même au rayon balades sentimentales où Bijelo Dugme lorgne vers Uriah Heep, le groupe se débrouille très bien, sans verser dans un mielleux qui décevrait après autant de coups de pied aux fesses. Selma est donc une belle balade sentimentale de bonne facture même si ce n’est pas la chose à retenir en priorité.

Sur ma version du disque, on trouve en toute fin une version live de kad bi’ bio bijelo dugme suivi de Ne spavaj mala moja muzika dok svira. Orgie psychédélique de plus de quatorze minutes sous les hurlements d’un public déchainé le temps d’un concert. Si le second titre est assez quelconque, classique petit titre rock sans grand intérêt si ce n’est d’entendre Goran s’énerver sur sa guitare, le premier titre gagne encore en génie en concert, feu d’artifice qui bénéficie d’une interprétation sans failles, se libérant du carcan du studio et surchauffant littéralement la salle.

Après ce premier coup d’essai, Bijelo Dugme ira vers d’autres horizons, entâmant par exemple en 1980 un percée dans la musique new wave. Puis de successifs départs de chanteurs en albums moins réussis, le groupe ne survivra finalement pas à la chute du Mur en 1989. Souvent perçus comme un symbole de l’unité de la Yougoslavie, le groupe avait fait son temps et n’avait plus de raison d’être. Goran Bregović aura au moins permis d’égayer quinze ans d’enfermement de son pays. Respectable personnage en somme.



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Vincent Ouslati





Il y a 5 contribution(s) au forum.

Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"
(1/5) 3 mars 2014
perfect
(2/5) 4 février 2014, par Tomas
Hariz
(3/5) 9 janvier 2014
Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"
(4/5) 21 décembre 2013, par Stephanie2
Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"
(5/5) 22 avril 2011, par Initiative Zarma




Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"

3 mars 2014 [retour au début des forums]

Belle pochette d’album en effet. Merci pour toute ces découvertes. Franck, fan de pop-rock et expert en tablette.

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perfect

4 février 2014, par Tomas [retour au début des forums]

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Hariz

9 janvier 2014 [retour au début des forums]

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Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"

21 décembre 2013, par Stephanie2 [retour au début des forums]

Je suis content d’avoir trouvé cet article, je publie de temps à autre et j’arrive à reconnaître un résultat sérieux. Stephanie du site de banque 2013

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Bijelo Dugme : "Kad bi’ bio bijelo dugme"

22 avril 2011, par Initiative Zarma [retour au début des forums]

Effectivement le premier titre de l’album (Kad’bi...) vaut son pesant de caramels mous.

Le reste est un peu moins intéressant, mais dans un style usé jusqu’à la corde dans les années 70, la touche "slave" rajoute une originalité bienvenue.

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