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Aphrodite’s Child : "666"
Prophétie maudite

vendredi 24 novembre 2006, par Antonin Serre

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Qu’a-t-on retenu d’eux à part ce cliché désuet de trois grillons grecs (*) qui ont fait chialer toute une jeunesse soixante-huitarde en mal de flirt avec leur hit devenu légendaire Rain and tears ? Rien... hormis qu’au moment de se séparer en 1971, on a peut-être eu tort d’oublier ce chef-d’oeuvre qu’ils ont eu le génie de léguer en guise d’adieu : un double/concept album, inspiré de l’Apocalypse de St Jean, aussi dément qu’inabordable... Embarcation immédiate pour l’Ile de la Bête, quelque part dans les Cyclades !

Pour comprendre la genèse de 666, il n’est peut-être pas nécessaire de vous faire tout un laïus sur l’histoire du rock progressif puisque je fais confiance a priori à votre culture musicale aussi cultivante qu’exemplaire. Sachez toutefois que les Aphrodite’s Child se trouvaient alors devant un dilemme artistique vieux comme Hérode : avoir ou être ? Continuer à se faire du fric avec leur pop "paillette" fructueuse (option Demis) ou bien chercher à se faire un nom parmi les géants du Rock (option Vangelis) ? Question de maturité... l’idée d’un concept-album digne des Beatles et des Who se profilait non sans heurts à l’horizon. Il semblerait que leur ambition démesurée les ait quelque peu surpassé au point d’avoir été les inventeurs d’un concept inédit : le Rock-Oratorio !

D’une île grecque encore épargnée par le tourisme de masse, les Aphrodite’s Child et les copines des copains qui connaissent d’autres copines... en ont fait leur Contre-Ibiza. Sur les hauteurs d’un petit village de pêcheurs domine une chapelle mâtinée d’azur qu’occupe un vieux pope débonnaire à la barbe griseœœ. Un soir, il reçoit la visite de quelques messieurs trop tranquilles, exaspérés par la présence de cette “bande satanique” qui depuis leur “casse les oreilles avec leur musique de drogués”. Sur le perron de l’église, le pope empestant le “salepi”, leur répond en ces termes :

- « Mes chers fidèles, ne blâmez pas vos enfants quand ils sont divins... et aussi chrétiens que vous ne l’êtes, vous. Car c’est Dieu, lui-même, qui me les a conduit jusqu’ici afin d’enregistrer un album sur l’Apocalypse... Tandis que vous, vous pêchez à longueur de journée et bien eux ils chantent pour conjurer la Bête... Voilà ! »

Sur le chemin du retour, les fidèles interloqués se demandent si leur pope ne serait pas devenu complètement fou ou un peu trop hétérodoxe.

Pour l’historiette, on raconte que durant l’enregistrement, une vingtaine de chevelus participèrent à ce projet farfelu auquel tenait tant Vangelis, tour à tour maître d’orchestre, arrangeur et producteur. En ce sens, il s’agit réellement d’une oeuvre collective... l’expression “méditerranéenne” de l’utopie hippie qui déferla sur l’Europe 70. Outre l’aspect fourre-tout des textes ésotériques écrits par un certain Costas Ferris, nous sommes en présence d’une oeuvre protéiforme et complexe tant par le mélange des genres (ballade, instrumental dont le très démonstratif Do It, expérimental, pot-pourri All The Seats Were Ocupied véritable album dans l’album, récital, improvisation, etc.) que par la synthèse incroyable d’une mystique révolutionnaire qui s’en dégage.

La clé paroxystique de cette ambivalence est bien entendu le morceau-mantra Infinite où l’actrice Irène Papas simule un orgasme effréné sur cinq éternelles minutes. Du jamais osé que Vangelis dut défendre bec et ongle pour l’imposer finalement à Mercury Record qu’il jugeait “blasphématoire” et “pornographique”. Aujourd’hui, pareille transgression serait impensable dans une époque crispée par le retour du Fanatisme et de la Dévotion tous azimuts... L’autre jour, j’écoutais à la radio un expert critique qui à la question passe-partout « Qu’est-ce qu’être rock de nos jours ? » fit cette réponse stéréotypée : « jeter sa télé par la fenêtre... » On n’est bien loin du profane transgressif ! Huit ans plus tard, Vangelis composera pour son égérie retrouvée Odes, un album radicalement élégiaque inspiré des traditions greco-bysantines.

Au cours d’un de ces chantiers qui forme tant la jeunesse, je fis un jour la connaissance d’un athénien francophile bien plus âgé que... Oh rassurez-vous, je n’ai pas l’outrecuidance de blablater autre chose qui ne soit musicale ! Bref, il me conta une expérience fascinante qui montre à quel point certains Grecs entretiennent un rapport quasi-mystique à la musique : « Je me trouvais dans une de ces gorges qui font la renommée de la Crète. Seul et épuisé après une longue marche, j’étais parvenu à être ivre de solitude. J’attendais la nuit dans le silence absolu de l’été ; en contrebas, il y avait d’autres campeurs, des Allemands je crois, avec une radio-K7... Lorsque j’ai entendu Dead Can Dance, j’ai pensé que l’écho provenait du ventre de la terre... Jusqu’à faire éclater la voûte céleste... C’était effroyablement beau ! »

Je divague peut-être, mais en attendant je recherche toujours pour vous la métaphore audiovisuelle idéale... Ca y est ! Voici mon clip youtubuesque... Action ! Un désert de gazon, une route asphaltée qui serpente. Une chevrolet et une dodoche se rencontrent à vive allure. Crash spectaculaire. La dodoche percutée se plante à côté d’une borne en granit rose recouverte de sable. Le vent découvre l’inscription suivante : Road 66. Travelling ! Un homme salement amoché sort de l’auto en mille morceaux (on reconnaît l’air ahuri de John Cleese des Monthy Python) qui muni d’un pinceau (?) rajoute le chiffre sang "+ 6" sur la dite borne. Coupez ! The End.

Avant que Vangelis ne devienne VRP de synthétiseurs et que Demis Roussos finisse chanteur au Club Med, ils auront connu au moins un “summum transcendantal” qu’on n’est pas prêt d’oublier ici-bas... Si-Si-Si !

(*) Outre nos mousquetaires bedonnants à la toison exubérante Vangelis Papathanassiou (multi-instrumentiste autodidacte), Demis Roussos (chanteur et bassiste ô combien hors pair) et Lucas Sideras (batteur), ne figurait pas sur les pochettes 45 tours aujourd’hui craquelées, le guitariste Silver Koulouris, réserviste à cette époque.



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Antonin Serre





Il y a 13 contribution(s) au forum.

charming post
(1/7) 28 mai 2014, par Hasib
awesome
(2/7) 23 février 2014, par Tomas
Perfect post !
(3/7) 9 janvier 2014
Aphrodite’s Child : "666"
(4/7) 8 novembre 2012, par mini
Aphrodite’s Child : "666"
(5/7) 13 novembre 2011, par jean-marie
Aphrodite’s Child : "666"
(6/7) 21 août 2007, par rené
Aphrodite’s Child : "666"
(7/7) 27 novembre 2006




charming post

28 mai 2014, par Hasib [retour au début des forums]

You are so cool ! I can’t think I have read anything like this before. It’s really good to find somebody with some original thoughts on this subject. Thanks for sharing with us.
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23 février 2014, par Tomas [retour au début des forums]

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Perfect post !

9 janvier 2014 [retour au début des forums]

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Aphrodite’s Child : "666"

8 novembre 2012, par mini [retour au début des forums]

Very informative post, Thank you so much for sharing it.
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Aphrodite’s Child : "666"

13 novembre 2011, par jean-marie [retour au début des forums]

Vangelis VRP de synthes ? c’est ton avis perso...Totalement subjectif et erroné

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Aphrodite’s Child : "666"

21 août 2007, par rené [retour au début des forums]

Bon, effaçons de nos mémoires les merdouilles synthétiques de Vangelis, les poils de torse de Démis Roussos et replaçons nous comme le fait cette belle chronique dans le contexte. Ah, ce fameux "contexte" ! Ce que vous écrivez sur 666 vaut pour Ummagumma ( de PInk Floyd - précision destinée aux noncomprenants de tous poils )
Voila le genre d’album qui exige d’avoir connu le contexte. Maintenant, si les hurlements de Waters sur Careful with that axe Eugene ont quelque chose d’angoissant, les gémissements d’Irène sont ABSOLUMENT et définitivement ININTERESSANTS. Les extases du corps ici exprimées sont du même acabit que disons, les gémissements rauques d’un mec en train de pousser assis sur ses toilettes. Chose qui, à ma connaissance du moins, ne figure sur aucun album des Whs, de Led Zep, de Dylan, de Yes, de Zappa ( et pourtant Zappa...). Si l’anecdote du pope est exacte c’est plutôt sympa. Quoique le soutien de l’église n’a jamais été pour moi un gage de bon goût.

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    Aphrodite’s Child : "666"

    2 mai 2010, par popopo [retour au début des forums]


    bonjour à celine :)

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    Aphrodite’s Child : "666"

    16 février 2011, par Gabriel [retour au début des forums]


    « Les extases du corps ici exprimées sont du même acabit que disons, les gémissements rauques d’un mec en train de pousser assis sur ses toilettes. Chose qui, à ma connaissance du moins, ne figure sur aucun album des Whs, de Led Zep, de Dylan, de Yes, de Zappa ( et pourtant Zappa...). »

    Screamin’ Jay Hawkins l’a fait (Constipation Blues – d’ailleurs interprétée un jour en présence de Serge Gainsbourg qui faisait la traduction simultanée : « là, il veut faire caca, mais il peut pas ! »), et ce n’est rien moins qu’un des plus grands inspirateurs du rock (I put a spell on you, une des chansons les plus souvent reprises), à égalité avec Chuck Berry ou Little Richard.

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    Aphrodite’s Child : "666"

    5 août 2012, par bctfcuLUpYxrZejAZaK [retour au début des forums]


    Hey hey ! Sacre9 succe8s sur ce post.Merci OM de ta re9ponse.C’est tellement rare que e7a nous fait plaiisr ^^Arf, je ne suis pas offusque9, je viens d’avoir 28 ans, alors bon, je peux comprendre.Par contre, pour les raccourcis, ta SR est donc probablement une femme qui ne connais pas voir pire n’aime pas les comics (sans en avoir jamais lu).Et elle avait surement envie de se faire quelques cliche9s de geek. Mais dommage, le geek est e0 la mode depuis 4/5 ans.Mais bon, pour continuer sur eddyvanleffe, le Rap est sorti un peu du ghetto, le jeu vide9o fait plus d’argent qu’Hollywood (donc respect), et l’informatique et ses de9rive9s est un marqueur social fort.Le manga, malgre9 des anne9es de ventes e9normes qui ont perfuse9e le marche9 de la BD en ge9ne9ral, et le comics, sont toujours une sous culture plutf4t peu reconnue.J’ai e9te9 dans l’orga de Japan Expo et j’y travail encore un peu sur les gros de l’e9te9, et franchement, quand on voit le monde que e7a repre9sente, se faire toujours traite9 de gens bizarre, c’est un poil fatiguant (meame si les gens qui font des salons sont en effet assez e9trange )Bref, Thomas, bravo pour l’interview et d’avoir de9fendu ton point de vue, merci OM d’avoir un article, c’est toujours cool, et puis dommage d’avoir eu une correction qui pousse notre culture e0 s’enfermer sur des cliche9s The Big Bang Theory (qui, au vu des chiffres US, ne fait pas marrer que les geeks e0 la no life)

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Aphrodite’s Child : "666"

27 novembre 2006 [retour au début des forums]

Cet album m’a beaucoup marqué je n’avais que 18 ans. Après la période Aphrodite’s child j’ai eu la chance d’assister à une répétion de Demis ROUSSOS avec mon jeune frêre également musicien. Pendant les 2-3 heures qu’ a duré cette répé, nous avons été impressionné par le professionalisme de Démis. Nous nous sommes faits petits et discrêts pour assister à ces instants uniques.
Lui et ses musiciens sont restés toute la répé sur un passage de deux minutes. Il s’est même installé à la batterie pour montrer au batteur ce qu’il souhaitait. Ce fût une leçon de musique géniale, le son était fantastique nous en avons pris plein les oreilles et les yeux. C’était le son de 666, la magie du Prophet V, un son de basse claquant et profond, des guitares claires et des choeurs qui me font encore frissonner.
Ce qu’il a fait ensuite au cours de sa carrière est une autre histoire je ne veux retenir de lui que le meilleur, ce que j’ai vu et entendu ce soir là : c’était divin.
Patrick DÔ

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