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Alice Cooper : "Billion dollar babies"
Sex, money & rock’n roll !

vendredi 3 mars 2006, par Marc Lenglet

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Quand on songe à Alice Cooper, on évoque immédiatement un show kaléidoscopique et coloré, des bébés décapités, une guillotine, un boa - en plumes ou en écailles -, des ballons multicolores, des tenues farfelues et bien d’autres choses. Billion dollar babies, sorti en 1973, est la consécration populaire qui autorisa Alice Cooper à se livrer à toutes les extravagances de bon ou de mauvais goût et lui assura son nouveau statut d’icône de la culture populaire.

Billion dollar babies restera dans l’histoire comme l’album qui aura permis à Alice Cooper de se tailler un empire décadent au sein du show-business américain. Jusqu’alors, son succès, y compris School’s out, lui avait principalement attiré les faveurs du public britannique, peut-être plus réceptif au second degré véhiculé par le titre vedette de cet album. Billion dollar babies, alors même qu’il balançait giclée d’acide sur giclée d’acide à l’encontre des obsessions américaines, lui assura enfin l’adulation dans son propre pays.

Hello Hooray n’aurait pas pu être une meilleure mise en bouche à cette grande promenade dans une Amérique déboussolée. Alice Cooper, en véritable monsieur Loyal du premier cirque rock’n roll de l’histoire, salue le public sous les ovations : lui et ses comparses sont les plus grands, ils le savent, et vont continuer sur leur lancée (une annonce peut être un peu prématurée, mais à l’époque, leur situation florissante pouvait prêter à de telles extrapolations).

Dans le contexte peu reluisant de l’époque, Alice Cooper décrypte avec une joie malsaine les tourments de l’Amérique, totalement embourbée au Vietnam, empêtrée dans le scandale du Watergate, menacée par le choc pétrolier, inquiète de sa jeunesse désillusionnée : le fric, la superficialité et le sexe sont les trois mamelles de l’Amérique. La chanson-titre, cynique et autocritique à souhait, décoche des traits bien ajustés au star-system, à ces individus passés en un tour du main de l’anonymat à l’adulation. Une situation que lui-même connaît bien, étant parvenu en 4 ans à peine à accéder au statut d’icône rock de l’Amérique. A noter qu’Alice s’y livre à un duo avec l’ancienne star neuneu du flower-power, Donovan.

Sur Elected, sorti en single quelques temps auparavant pour coïncider avec la réélection de Richard Nixon, Alice développe une démagogie sans complexe pour assurer son hypothétique élection à la tête du pays, démagogie à la hauteur de celle du modèle. Le méconnu Generation Landslide jette un éclairage ironique sur la génération d’après-guerre, perpétuellement insatisfaite de son sort et se servant de n’importe quel prétexte pour manifester son mécontentement. No more Mr. Nice guy, sous son apparence guillerette et sucrée, laisse entendre que la bonté, dans une société aussi sclérosée, ne mérite pas qu’on y perde une seule seconde. Ce fut peut être la plus grande force d’Alice Cooper à l’époque que de n’épargner personne de ses sarcasmes.

Le sérieux et l’acidité ne sont pourtant pas toujours de mise dans la musique d’Alice, qui n’a jamais réchigné à aborder des sujets plus surréalistes avec un mordant inimitable. Raped & freezin’, ironique en diable, tient son rang parmi ces savoureux mini-récits qui ont établi la réputation Cooperienne de commentateur cynique et acide des bizarreries de la société contemporaine. Le principal protagoniste, très fier d’avoir levé facilement une charmante jeune femme, découvrira à ses dépens que les apparences se révèlent parfois trompeuses. La demoiselle en question se révélant être une nymphomane féroce, l’arroseur arrosé terminera son roadtrip à poil, Raped & freezin’ dans le désert mexicain. La petite mélodie latina qui débute alors que le récit prend fin, ajoute encore au comique de la situation telle qu’on prend plaisir à l’imaginer. Sick things, malsain et glauque au possible, renforce le côté visuel de la musique d’Alice, tandis que l’étonnant I love the dead restera sans doute comme l’une des manières les plus ingénues de promouvoir la nécrophilie.

Malgré la présence d’une équipe de musiciens au-dessus de tout soupçon, Alice s’éloigne déjà du proto-punk de ses débuts pour aborder un curieux mélange de pop, de glam-rock et de music-hall où, dans l’ensemble, les mélodies ne servent qu’à mettre en évidence la verve cynique d’Alice Cooper et à permettre l’élaboration de concerts de plus en plus délirants et fantasmagoriques. Malgré cette surenchère scénique, le public, tout d’abord enthousiasmé par ce style hybride, cessera très vite d’accorder ses faveurs à Alice Cooper, à mesure que les albums baisseront en qualité. L’ambiance se détériorant constamment au sein du groupe, Alice finira par entamer une carrière solo en 1975, et mettra plus de dix ans à renouer avec le succès de ses premières années.

Il n’en reste pas moins que Billion dollar babies, malgré un esprit nettement moins rock (qui pourrait paraître quelque peu tombé en désuétude aujourd’hui) reste un album incontournable de cette époque, probablement le meilleur qu’Alice Cooper ait réalisé avant d’entamer sa difficile transition solo. Une parfaite synthèse du Grand Théâtre de l’Absurde que le Alice Cooper Band incarnait dans la première moitié des années 70.



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Marc Lenglet





Il y a 18 contribution(s) au forum.

Alice Cooper : "Billion dollar babies"
(1/4) 3 octobre 2014, par jortdanwer
Alice Cooper : "Billion dollar babies"
(2/4) 30 janvier 2013, par ART7
Alice Cooper : "Billion dollar babies"
(3/4) 24 octobre 2012, par redrain
Alice Cooper : "Billion dollar babies"
(4/4) 3 mars 2006




Alice Cooper : "Billion dollar babies"

3 octobre 2014, par jortdanwer [retour au début des forums]

Thanks for sharing such an informative post. This post have many topics. I will ensure that I bookmark your blog and will come back in the future.
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Alice Cooper : "Billion dollar babies"

30 janvier 2013, par ART7  [retour au début des forums]

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Alice Cooper : "Billion dollar babies"

24 octobre 2012, par redrain [retour au début des forums]

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Alice Cooper : "Billion dollar babies"

3 mars 2006 [retour au début des forums]

Pas d’offence pour tes joyeux camarades de jeu mais je n’arrive pas à compr,dre le gouffre qu’il y’a entre le professionnalisme de tes articles et l’amateurisme avoué des autres rédacteurs de ce site...

Une fois de plus, bravo Marc.

Un lecteur (j’espère) parmi d’autres.

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    Alice Cooper : "Billion dollar babies"

    3 mars 2006, par Marc Lenglet [retour au début des forums]


    N’exagérons rien : je suis plutôt satisfait de cet article mais c’est loin d’être toujours le cas. Les autres rédacteurs ont eux aussi leurs forces et leur faiblesses, et ont réalisé certaines chroniques dont je m’estime tout à fait incapable. Si tu fais référence aux mini-chroniques du Clap your hands ou de l’autre dont j’ai oublié le nom, elles sont hors-jeu. Leur forme est clairement volontaire et sert un but précis. D’autre part, mes chroniques suscitent également une animosité marquée de la part d’autres lecteurs pour la manière dont elles sont réalisées. Question de goût, j’imagine....

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      Alice Cooper : "Billion dollar babies"

      3 mars 2006 [retour au début des forums]


      Question de mauvais goût, j’imagine...

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      Alice Cooper : "Billion dollar babies"

      3 mars 2006, par ALEVIN [retour au début des forums]


      L’autre, je suppose que c’est celle d’INFADELS (qui est une pâle copie de l’article d’Albin...) ?

      Elles sont hors-jeu et leur forme volontaire sert à créer une mini polémique (le but précis...) à la sauce Alevine !

      N’attaquons pas le bougre, il sufit de lire certaines chroniques et passer un peu de temps sur le site pour que les chroniqueurs de Pop Rock dévoilent leurs goûts musicaux et un penchant de leurs personnalités !!

      Post signé ALEVIN... (..)

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    Alice Cooper : "Billion dollar babies"

    16 avril 2006, par Youki Smayas [retour au début des forums]


    Les textes de Marc sont effectivement les plus "carrés" et les mieux construits mais décrispons l’affaire. Nous parlons Pop/Rock, il n’est pas question d’avoir les memes attentes envers un tel article que s’il traitait de macro économie. On reproche à d’autres chroniqueurs de souvent disserter à coté du l’oeuvre critiquée, mais est-ce si problématique ? J’ai connu une presse rock, il y a 20 ans qui n’hesitait pas à délirer et faire passer son ressenti par l’humour, la dérision ou l’attaque au virtriol type second degré. Et elle etait nettement moins hors-sujet que les inrocks (Bon exemple) qui, au dela d’une forme academique se croient systematiquement obligés de nous donner un cours de politique et de morale appliquée à chaque CD qui sort. La pop et son public ne se prendrait-elle pas un peu trop au serieux ces derniers temps ?

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    Alice Cooper : "Billion dollar babies"

    12 février 2013, par sidra [retour au début des forums]


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