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The Velvet Underground : "White light / White heat"
Poudre blanche et montées d’acide

jeudi 23 février 2006, par Marc Lenglet

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Le premier album du Velvet Underground, aussi légendaire et incontournable qu’il puisse paraître aujourd’hui, avait été un flop monumental en son temps. Enrôlés plus ou moins contre leur gré en tant que groupe attitré des happenings arty d’Andy Warhol, flanqués d’une chanteuse diaphane qu’ils n’apprécient que modérément, les New-Yorkais évoquent des sujets tout à fait en décalage avec l’esprit de l’époque. Là ou la paix, l’amour et l’hédonisme sont des concepts en vogue, le Velvet se complait dans de sordides complaintes de drogue, de défonce et de perversion. Mais comme l’affirme la formule désormais consacrée, s’il n’y eut peut-être que mille personnes à avoir acheté le premier album du Velvet Underground à sa sortie, elles ont toutes formé un groupe par après. Et c’est ce second et inquiétant album qui, davantage encore que son prédécesseur, les y a incité.

Débarrassés de l’envahissant patronage du pape du pop-art, ainsi que du charisme statufié de Nico, le Velvet Underground, au travers de White light/White heat allait pouvoir laisser la voie ouverte aux expérimentations radicales de Cale, tandis que les écrits provocateurs et malsains de Reed allaient enfin s’exprimer dans toute leur plénitude bourbeuse. Cette fois, l’échec commercial serait, si pas volontaire, en tout cas clairement prévisible. Un échec encore plus retentissant que leur premier album, mais un échec grandiose, qui déniaisa le rock à grand coup d’injections de poussière d’ange et de coïts brutaux et entrouvrit la porte pour tous les servants de l’ombre et du chaos qui allaient marcher sur leurs traces.

La piste d’ouverture annonce la couleur dominante de l’album : frénétique. La lumière blanche, ce sont les flashes lumineux consécutifs à la prise d’acide. Et la chaleur blanche fait référence à la vague de chaleur que l’on ressent dans les dents après quelques amphétamines. Les sujets de prédilection sont les mêmes, mais la musique est devenue méconnaissable, dans tous les sens du terme. Tout le secret de White light/White heat réside dans ces (dé)constructions musicales violentes et obsédantes, qui provoquent rapidement un sentiment diffus d’énervement, tandis que la cadence métronomique de Moe Tucker fait résonner méthodiquement les fûts, sans entrain mais avec une régularité d’horloge suisse.

Si certaines chansons du premier album pouvaient encore passer pour d’innocentes pop-songs, plus rien ici ne ressemble à une construction classique. Les structures sont abolies, les normes jetées aux oubliettes. Here she comes now tient du mantra sous acide. I heard her call my name, d’une lutte chaotique entre instruments animés de pulsions meurtrières. The gift, d’un long soliloque derrière lequel quelqu’un serait en train d’accorder sa guitare sans grande conviction.

The gift, justement, repose sur un concept bien tordu, en l’occurrence un récit à l’humour très noir issu de la plume fertile de Reed, et qui trouve un lecteur d’une raideur toute britannique en la personne de John Cale. Cette longue déclamation de plus de huit minutes, à peine ceinte d’une structure musicale minimaliste, nous conte l’histoire sans queue ni tête de Waldo, transi d’amour pour une lointaine Marsha qui ne lui voue que pitié condescendante. Après de longues et stériles tergiversations, Waldo décide de s’expédier lui-même par voie postale pour en avoir le cœur net. Les interrogations de Marsha face à l’énorme paquet et l’excitation grandissante de Waldo planqué à l’intérieur trouvent un épilogue brutal et hémoglobinesque, Marsha ayant décidé d’étancher sa curiosité en massacrant le colis à coups de sécateur. Si on avait besoin d’une dernière preuve que le Velvet Underground s’avalait de pleines salières de poudre blanche, le morceau suivant, Lady Godiva’s operation, s’impose comme la pièce à conviction déterminante. La voix pâteuse et fluette de Cale et les intonations cyniques et acides de Reed (qui s’empare de la fin des phrases de Cale) semblent tituber perpétuellement au bord de la dépression nerveuse. A noter que derrière les brumes opaques de la prose de Reed, cette chanson contrefaite et désaxée fait référence aux séances d’éléctrochocs qu’eut à subir Reed à l’adolescence, en raison d’une homosexualité présumée.

Tout cela n’était pourtant qu’un amuse-gueule cocaïné avant l’arrivée du véritable léviathan, du monstre le plus difforme jamais jailli des cerveaux malades de Reed et Cale : le monstrueux, épuisant, assourdissant, Sister Ray, épouvantable ode à la déchéance et à la défonce et hommage à la seringue de Lou Reed ainsi baptisée. Le défouloir sonique par excellence, où les deux génies malsains s’affranchissent d’un seul coup - et sans retour en arrière possible - de toutes les normes, toutes les règles, toutes les traditions qui régissaient la musique des années 60. Dix-huit minutes de riffs lancinants, de plus en plus saturés et assourdissants, des coups de hachoir musicaux qui virent à la cacophonie la plus bordélique, forment l’un des morceaux les plus hypnotiques et rocailleux de l’histoire du rock. Tout dans cette monstruosité sonique est distordu, déchiqueté, escarpé. Des dires de Reed et Cale, l’ingénieur du son sortit désespéré de sa cabine en leur demandant de le prévenir quand tout sera terminé. Sister Ray, par son principe, par ses textes sexuels répugnants, par le ton salace de Reed, a tout de la pulsion dionysiaque non maîtrisée. En l’espace d’un an, le Velvet Underground passait, sans préambule, d’un pop malsaine sous des apparences lumineuses à un blitzkrieg bruitiste et incontrôlable, scellant tout à la fois son agonie commerciale et son entrée dans la légende.

White light/White heat est détestable. Détestable, dans le sens où tout semble y avoir été millimétré pour provoquer un phénomène de rejet clair et net de la part du grand public. Inaudible, hermétique, putride, choquant. La liste de qualificatifs qui lui furent accolés est encore longue, et l’album fut évidemment un flop retentissant, qui entraîna la mise à la porte de l’expérimentateur fou John Cale par son tyrannique co-équipier. Et pourtant, ce second album, bien davantage que le premier, posait les bases de tout ce qui allait suivre, déconstruisant les mélodies et les brutalisant jusqu’à leur faire perdre toute consistance, égorgeant la beauté sur l’autel de la décadence et du stupre. Groupes punks, grunges, indus, metal, tous doivent quelque chose de capital à cette bande de drogués new-yorkais qui, en l’an 1966, décidèrent de saboter tout ce sur quoi reposait la musique populaire moderne. On aimerait pouvoir haïr cet album. On aimerait pouvoir dire que, oui, c’est un classique, mais que non, il n’est pas agréable à écouter, que l’on ne retire aucun plaisir à ces six chansons boursouflées de violence et de destruction. Et quelque part, c’est bel et bien le cas. Et pourtant, il existe, dissimulé au fond de chaque être, une tendance au plaisir pervers. Une envie de se faire du mal, de s’infliger des sévices simplement pour voir si ça fait aussi mal que la première fois. White light/White heat rentre parfaitement dans cette catégorie. A chaque fois, on se répète qu’on le maîtrise par cœur, ce foutu disque, et qu’on va pouvoir sereinement le regarder droit dans les yeux. Et à chaque fois, on ressort de ces six chansons profondément ébranlé, songeant avec effroi qu’il y a finalement bel et bien quelque chose de profondément maléfique et dangereux dans le rock. Si vous devez écouter White light/White heat ? Oui, mais avec l’autorisation de vos parents uniquement...



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Marc Lenglet





Il y a 42 contribution(s) au forum.

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(6/16) 22 juin 2013, par Jeffrey S. Robinson
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(7/16) 22 juin 2013, par Ray M. Sidhu
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(8/16) 10 juin 2013, par nicole
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(10/16) 27 avril 2013, par Bantu
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(11/16) 20 avril 2013, par Punk
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(12/16) 4 décembre 2012, par weng
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(13/16) 17 août 2010, par Jean Guy
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(14/16) 1er septembre 2006
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(15/16) 23 février 2006, par Gérard Meanvussat
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(16/16) 23 février 2006, par Youki Smayas




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23 août 2013, par judiagustin [retour au début des forums]

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10 juin 2013, par nicole [retour au début des forums]

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27 avril 2013, par Bantu [retour au début des forums]

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20 avril 2013, par Punk [retour au début des forums]

[1] Même s’ils ne sont que quatre sur la pochette, ils étaient encore bien cinq dans le groupe : Brian Wilson, Carl Wilson, Dennis Wilson, Mike Love et Al Jardine (absent du cliché).

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4 décembre 2012, par weng [retour au début des forums]

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17 août 2010, par Jean Guy  [retour au début des forums]

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1er septembre 2006 [retour au début des forums]

Certes cet argument se tient, mais notes aussi que si Obladi Oblada n’avait pas ete ecrit par les beatles mais par ce meme Carlos on ne l’aurait sans doute pas autant ecouter .
Ou si Lorie sortait un jour une bonne chanson Crois tu qu’on l’ecouterais ? La beaute etant totalement Subjective on ne peut nier l’importance du nom... Puis a tu ecouter tout les albums de Carlos .
Puis crois tu que Carlos l’auteur de "Big Bisou" aurait juste eu l’idée d’ecrire une chanson sur la violence dans la cour de recreation ? Alors ecrire "White Light Whigt Heat" ?
Enfin bon la polemique sur ce sujet est inutile c’est le velvet qui a ecrit cet album

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The Velvet Underground : "White light / White heat"

23 février 2006, par Gérard Meanvussat [retour au début des forums]

WH/WH est mon disque préféré du Velvet. Il reste tout de même le plus bel album de junkie que le rock ait créé.

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The Velvet Underground : "White light / White heat"

23 février 2006, par Youki Smayas [retour au début des forums]

Un point de vue qui se defend. Il reste que, pour moi, tout le fantasme autour de la musique du V.U. est essentiellement dû aux themes abordés dans les textes (Effectivement provocateurs et décalés pour l’epoque) et le label "Made in Factory".
Imaginons 5 mn la musique de cet album, à l’identique, mais avec des textes ecrits par notre Carlos national et, tout snobisme mis à part, cet album aurait probablement fini dans la poubelle de ceux qui crient au chef d’oeuvre ou qui auraient, selon la legende "Crée un groupe immediatement apres l’avoir écouté".

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