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The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)" God save the Kinks ! mardi 5 février 2008, par |
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S’il est une formation qui donne l’impression d’avoir perpétuellement raté le coche, c’est bien The Kinks. Considéré comme l’un des meilleurs groupes du Royaume-uni des années 60 (à l’égal, voire même devant les Beatles), précurseur de l’utilisation des instruments indiens et même du heavy metal (l’inoubliable riff saignant de You really got me), le groupe vit son étoile pâlir dès la fin de la décennie. La faute au mauvais caractère de ses membres, qui leur ferma les portes du marché américain pour plusieurs années. La faute aussi à une certaine idée de l’écriture pop sans doute trop relevée pour leur époque et à des décisions artistiques et musicales à l’opposé de toute logique mercantile.
Sous l’impulsion d’un Ray Davies trop à l’étroit dans son costume de rocker et fatigué de courir après les modes passagères, les Kinks avaient emprunté dès 1968 la voie royale de l’album-concept. The Village Green Preservation Society récolta un succès critique aussi magistral que son échec commercial fut retentissant. Anti-Sgt. Pepper par excellence, les Kinks, méprisant la mode et l’état d’esprit de l’âge psychédélique, y font l’apologie d’une certaine vision traditionnelle et réactionnaire de la britannité. Loin d’être découragé par cet échec, Ray Davies s’obstine et signe l’année suivante Arthur, condensé musical intemporel d’une certaine idée de la société britannique. L’idée de base de ce nouveau concept trouve sa source chez le beau-frère de Ray et Dave Davies, un dénommé Arthur justement, parti s’installer en Australie avec femme et enfants au début des années 60. Ce sujet, a priori plutôt oiseux, n’a comme seule raison d’être que de permettre à Ray Davies de jouer une nouvelle fois avec les concepts et les clichés, et de croquer avec humour et tendresse des tranches de vie d’un Grande-Bretagne en proie au doute. Au crépuscule des années 60, les derniers oripeaux de l’Empire n’en finissent pas de claquer au vent - ils n’ont d’ailleurs pas encore cessé de le faire à ce jour - et ses notions de grandeur compressées dans ses frontières naturelles, Albion se cherche, hésitant, pour conjurer la crise économique qui s’avance, entre une modernité débordante et un repli prudent sur un passé glorieux. Arthur n’est pas un réquisitoire contre l’ordre établi : un tel procédé serait outrageusement simple, indigne de Ray Davies à vrai dire. De plus, le jeune homme vénère son pays natal, son histoire et sa culture au delà de l’imaginable. Mais en amant exigeant, il ne se prive pas pour autant de tourner en ridicule ses travers et ses tics les plus incorrigibles. La Grande-Bretagne éternelle des Kinks n’est pas celle qui scintille sous les néons du Swinging London, s’entiche de méditation orientale et recherche la transcendance dans les drogues de synthèse. Au contraire, elle s’incarnerait plus volontiers dans une petite ville des Midlands, aux maisons un peu grises mais dont on peut apercevoir les campagnes verdoyantes depuis le centre-ville. Une petite cité où le pub est au bout de la rue, où le laitier et le paperboy passent chaque matin, et où des colonels en retraite taillent leurs rosiers en songeant à leurs chasses au tigre du passé. Une des causes principales de la désaffection du public à l’égard des Kinks tenait à leur indifférence vis-à-vis des hit-singles calibrés pour la radio. Le format « 3 minutes 30/un refrain à tête chercheuse/de l’amour et de l’eau fraîche » a rapidement cessé de constituer leur centre d’intérêt principal. Le talent aidant, on découvrait néanmoins sur chaque nouvel album l’un ou l’autre prétendant involontaire à ce statut. Sur Arthur, c’est tout simplement la piste d’ouverture qui joue ce rôle : Victoria, succès instantané, est un cri d’amour mi-figue mi-raisin envers les splendeurs impériales ; l’un de ces sonnets doucement cyniques dont Ray Davies a toujours eu le secret. Sur la très belle Shangri-la, l’une des plus belles chansons jamais composée par le groupe, c’est la médiocrité ordinaire de ses concitoyens, sagement retranchés dans la sérénité factice du foyer, qui en prend pour son grade. La place écrasante occupée par la victoire de la Seconde guerre mondiale dans l’inconscient collectif britannique n’est pas oubliée, avec un hommage discret à ceux qui ont permis que se maintienne l’Empire pour quelques années supplémentaires (Mr. Churchill says). Ce qui n’empêche par ailleurs pas les Kinks de fustiger la notion de sacrifice pour la patrie (Some mother’s son) et ces vertus lobotomisantes d’ordre et de discipline (Yes Sir, no Sir) ou les convenances sociales (Nothing to say) qui ont contribué à asseoir ce même Empire, justement. Bien qu’il puisse de bon droit être considéré, lui aussi, comme un des premiers albums concepts de l’histoire du rock, Arthur évite le découpage excessif du Tommy des Who, de même que le côté parfois pompier qui s’en dégageait. Arthur, ce sont simplement une dizaine de pop-songs d’exception, à la construction souvent très audacieuse (modification subite du rythme ou de l’architecture du morceau, chant changeant d’une section à l’autre,...) agrémentées de quelques cuivres pour le décorum. Modifications rythmiques subites, chant à l’intensité variable, la plupart des morceaux sont conçus comme de véritables patchworks sans que leur cohérence s’en ressente le moins du monde. Et malgré cette complexité, les Kinks n’avaient de leçon à recevoir de personne au niveau de la réussite des mélodies : Australia, Shangri-la, Brainwashed ou Arthur sont des chefs-d’œuvre que les Beatles auraient pu concevoir, le côté fouillé des morceaux et la forte part rock’n roll en plus. Plus encore que ces derniers - sans même parler de tous les autres - les Kinks incarnent la pop anglaise la plus typique et la plus brillante des sixties et Arthur les dévoile au sommet de leur art. L’un des derniers coups d’éclat avant l’inexorable chute peut-être, mais une collection de pépites pop-rock comme on a que rarement l’occasion d’en dénicher, même à cette époque qui ne manquait certes pas de chefs-d’œuvre. |
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Il y a 6 contribution(s) au forum. The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)"
(1/5) 29 avril 2013, par Hussy The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)"
(2/5) 23 avril 2013, par Punk The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)"
(3/5) 15 décembre 2012, par chinatabletpc The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)"
(4/5) 5 février 2008, par Lemmyke The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)"
(5/5) 5 février 2008 |
The Kinks : "Arthur (Or the fall and decline of the British Empire)" 31 décembre 2012, par Guillaume [retour au début des forums] Super un grand merci pour cette news, je vous dis à bientôt ^^ Guillaume de buzz
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