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The Doors : "Strange days" "We want the world and we want it... now !" lundi 26 juin 2006, par |
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Tout auréolés du succès de leur premier album publié quelques mois plus tôt, les Doors sont devenus en 1968 LE groupe sur lequel tout le monde s’extasie ou jase à Los Angeles. Plutôt que de chercher à rééditer la solide recette qui avait octroyé un succès foudroyant à leur album fondateur, Morrison et ses comparses choisirent de se précipiter bille en tête dans les remous d’un blues/rock plus psychédélique que jamais, à l’ambiance nauséeuse et malsaine, un Strange days à la mesure d’une ère où la vitesse de rotation de la planète se sentait prise de vertiges.
A l’accueil de cette cour des miracles, l’exceptionnel Strange days s’avère déjà un parfait condensé de ce qui suivra. Cette réverbération abyssale, ces échos lancinants et ce chant sous délire mystique amorcent à la perfection le virage vers un côté obscur, uniquement exploré de façon superficielle jusqu’alors. Strange days est placé sous le signe du malaise et de l’incertitude, provoqués par ces « temps étranges » ou tout paraissait devoir être remis en question, cette époque où l’impulsion irrésistible de la jeunesse partait à l’assaut des certitudes séculaires et surtout, croyait encore profondément en ses chances de vaincre. Plutôt que d’arborer le doux optimisme de circonstance de ces heures révolutionnaires, les Doors s’embarquent dans un périple incertain où les questionnements et les angoisses prennent le pas sur les idéaux naïfs. Tous ces bouleversements culturels surgissent trop vite pour que l’on puisse appréhender l’avenir avec sérénité. De ce doute ne peuvent naître que l’inquiétude, la crainte et le malaise. Dans cette exploration parcourue de long en large d’ondes lourdes de menaces, mêmes les titres les plus romantiques en surface, ceux dont les arrangements semblent les plus accessibles, dissimulent mal leur inquiétude et leur agressivité latente, presque palpable. Et comme pour demeurer insaisissable, en contradiction même avec l’état esprit omniprésent qui court tout au long du flux musical, le chant de Morrison se fait souvent caressant et plus sensuel que jamais, presque désemparé face à ces interrogations sans réponses. Au terme de You’re lost little girl, il est impossible de déterminer si le regard du chaman se porte vers la lumière ou les ténèbres. Moonlight drive ne joue sur une certaine bonhomie joyeuse que pour se répandre en imprécations tranchantes sur sa conclusion. Sous son apparence enjouée de cabaret mondain, People are strange diffuse un sentiment d’aliénation diffus, reflet de sensations de solitude et de paranoïa latente. Le poème surréaliste et bruitiste Horses latitudes, composé durant ses années de lycée, coupe l’album en deux de manière brutale. Morrison y expose la terreur de chevaux jetés sans ménagement à la mer lors d’une mythologique traversée de l’Atlantique. On mettra encore en lumière les étranges parallèles de My eyes have seen you et I can’t see your face in my mind, avant d’aborder la pièce de résistance de Strange days. A l’instar de l’album précédent, les Doors ont en effet gardé le léviathan pour la fin. Dépassant les onze minutes, When the music’s over est une charge métaphorique spectaculaire contre tout ce qui secouait la conscience de la jeunesse des sixties. Par la grâce d’une seule phrase (We want the world and we want it... now !), Morrison et ses comparses se retrouvèrent catapultés comme les nouveaux symboles de la lutte contre l’ancien monde, position qu’ils n’avaient peut-être pas réellement revendiquée. On ne se retrouve néanmoins pas face au sans-faute absolu du premier opus, The Doors, dont absolument toutes les chansons sans exception étaient entrées dans la légende. Au fil de Strange days, quelques morceaux demeurent sinon moins bons, du moins plus dispensables. Encore que la notion de « dispensable », quand on parle des Doors, revêt une signification sans beaucoup de poids. A l’exception de l’incontournable blues/rock Love me two times et de People are strange, Strange days (dont un certain nombre de chansons proviennent pourtant des mêmes sessions que The Doors) abandonne les terres du rock énergique ou des chansons fédératrices qui dominaient le premier album pour s’adonner à l’instauration d’une ambiance plus cérébrale, plus fuyante. Les thématiques classiques n’existent ici que pour les besoins de la cause. Il faudra découvrir en filigrane, éprouver le morceau plus que l’entendre, capter l’émotion qui se dissimule derrière certains textes romantiques finalement sans autre intérêt que littéraire. Par rapport au chef-d’œuvre fondateur, Strange days est plus théâtral. Tout comme au théâtre, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent, si on se contente de suivre distraitement l’action. De même, si vous arrivez au beau milieu de la représentation, vous allez vous emmerder sérieusement, sans avoir l’envie de vous raccrocher à l’action. Mais tout comme au théâtre - et à condition que les acteurs soient doués, ce qui est bel et bien le cas ici - si vous leur laissez le temps de vous amener là où ils le souhaitent, et si vous acceptez de laisser le répit nécessaire à l’atmosphère pour qu’elle se love méthodiquement dans votre esprit, le voyage sera généreux en enseignements et en influx contradictoires. Peut-être bien l’œuvre la plus spectrale et dérangeante de ce groupe légendaire, Strange days est paradoxalement l’une des plus aisées à apprécier, si on prend la peine de se glisser dans l’état d’esprit requis. Tout simplement un album inoubliable de plus à l’actif de la plus fantastique comète musicale de l’histoire du rock. Si la grande majorité de ses chansons sont peut-être moins passées à la postérité que d’autres, leur séduction souterraine ne vous en marquera pas moins durablement. Vous étiez pourtant avertis dès les premières secondes : Strange days have found us / Strange days have tracked us down / They’re going to destroy / Our casual joys... |
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Il y a 9 contribution(s) au forum. The Doors : "Strange days"
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The Doors : "Strange days" 28 juin 2006 [retour au début des forums] encore une qui raffolle des sucettes à l’anis The Doors : "Strange days" 29 juin 2006, par naughtyfrog [retour au début des forums] Avec ce genre de remarques débiles on fait avancer le schmilblick, décidemment, on parle toujours aussi peu de musique sur ce site.
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