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Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"
Mass Scott

samedi 3 avril 2010, par Boris Ryczek

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On peut venir à Scott Walker en commençant par ses oeuvres les plus bruitistes et torturées : Tilt, The drift, Nite flights... On peut, surtout quand on est d’Outre-Manche ou d’Outre-Atlantique, l’appréhender à travers ses succès : No regrets, The sun ain’t gonna shine anymore, We’re all alone... Mais il est de bon ton de commencer par sa cultissime tétralogie qui, à la fin des années 60, résumait déjà les contradictions de ce crooner visionnaire, offrant des sommets à chacune de ses pulsions artistiques.

Pour ceux qui ne connaissent pas, l’histoire commence avec Scott Engel, adolescent new-yorkais, passionné de cinéma et de culture européenne qui, à la fin des années 50, se fait repérer par un producteur pour sa voix puissante de baryton. En ces temps d’industrie musicale foisonnante, il intègre quelques années plus tard, en 1964, un "boys group" de faux frères : les Walker Brothers. Avec eux, il enchaîne les succès destinés aux adolescentes : The sun ain’t gonna shine anymore, Make it easy on yourself, My ship is coming in... Et d’emblée, il se passe quelque chose d’unique. Sous les orchestrations excessives, compromis entre le Motown sound, la pop de Phil Spector et la grande variété américaine, une rare expressivité voit le jour. Puis les hippies et le LSD arrivent. L’affaire périclite. Le trio se sépare. Et, au lieu de sauter dans tous les trains qu’il pouvait prendre en marche, le petit Scott décide d’assumer à fond ce Walker qui lui colle désormais à la peau, en se saisissant de cet héritage un peu gluant pour l’associer à de nouvelles ambitions.

C’est là qu’interviennent ces quatre albums qui créent le mystère, autoportraits bien souvent dessinés en négatif. Entouré d’une poignée d’arrangeurs, se succédant au gré des chansons, Scott s’enferme en studio et les sort à la chaîne, de 1967 à 1969, larguant complètement son public et récoltant des chiffres de vente de plus en plus bas. Car Scott, Scott 2, Scott 3 et Scott 4 sont aussi ringards qu’avant-gardistes. Pas de solos de guitares virtuoses. Pas d’effets psychédéliques pour ouvrir les shakras. Mais des violons, des violons et encore des violons. Toujours cette voix de baryton. Et un univers littéraire, égotique, flamboyant, d’une noirceur et d’une force d’introspection qui n’avaient strictement rien à faire dans cette période d’hymnes générationels. Il n’en est que plus génial et essentiel.

Dès Scott (que tout le monde appelle Scott 1), le malaise commence... Notre crooner y déclare sa flamme à deux de ses idoles, Frank Sinatra, dont on avait pu très tôt remarquer l’influence. Et, beaucoup plus étonnamment, Jacques Brel, qui avait été peu de temps auparavant célébré à Broadway par une comédie musicale. Reprenant les épatantes traductions anglaises de Mort Shuman (oui, celui du Lac Majeur), il ouvre les hostilités par un pétaradant Mathilde, avant de s’attaquer quelques pistes plus tard à My death, et de conclure sur Amsterdam. Cela ne se décrit pas. Cela se vit. Scotché, un certain David Bowie assumera à son tour ces deux titres et citera toute sa vie Scott comme une de ses principales références. Entre-temps, on découvre un bel hommage à Tim Hardin, songwriter maudit s’il en est, et un paquet de reprises issues de la variété américaine (à noter, Angelica, transformé en La musique par Nicoletta puis par les neuneus de la Star Academy). Surtout, il offre trois compositions signées de son nom : "Engel", position qu’il avait à peine osé risquer du temps des Walker Brothers et qui donne tout simplement lieu à ses trois premières pièces maîtresses. Montague Terrace in blue fascine, avec ses étranges clochettes, son orchestre outrageusement pompier, posé sur un texte aux obscurités tenaces, évoquant des être repliés sur eux-mêmes, rêvant de romances improbables à Vérone. La tumultueuse Always coming back to you est une insomnie à elle-seule. Et Such a small love, chanson déprimante sur une rupture minable, ose des accords atonaux, créant une sorte de pop paradoxale, profondément dérangeante, perturbée comme d’habitude par un orchestre d’autant plus dérisoire qu’il est flamboyant. Partout, le chant est habité, possédé. Une patte s’est posée sur la musique.

Scott 2 poursuit dans la même veine. On retrouve de la grande variété américaine (mention spéciale à Best of both world, moment très jamesbondesque de vraie fausse misogynie), une nouvelle reprise folk de Tim Hardin et des Brel, des Brel... Jackie, tellement assumé qu’après ça, on le surnommerait presque Jackie Walker, Next (alias Au suivant) et The girls and the dogs. On passe de trois à quatre compositions personnelles, toutes plus ambitieuses les unes que les autres. The girls from the streets est clairement une chanson de Jacques Brel écrite par Walker, avec accordéon, fanfares du Nord et citations du genre "Things aren’t so bad/They’re just more wrong than right". The amorous Humphrey Plugg agite les méninges de l’auditeur. The bridge l’attaque à l’estomac. Et Plastic palace people lui offre un très étrange trip aérien de plus de six minutes, inspiré de Lewis Carrol. On a enfin du psychédélique, mais passé à la moulinette atonale, avec des boucles orchestrales qui finissent par se perdre dans le vide, comme la fumée des cheminées du ciel londonien. Comble du luxe, il y a même un inédit - de taille - disponible sur les compilations : la face B de Jackie, intitulée The plague, délire paranoïaque inspiré par Albert Camus dans lequel une guitare stridente, des chœurs soul, des cloches d’église et un orgue lugubre semblent tout à la fois annoncer le glam-rock, le post-punk, la cold-wave, le black-metal, l’apocalypse... On est en 1968. Tout va bien.

Avec Scott 3, l’auteur prend confiance, malgré sa place inexistante dans les hit-parades. Il enchaîne les créations personnelles, cette fois-ci très resserrées, dépassant ses modèles en les réinventant dans des espèces de petites vignettes musicales, très arrangées, mais limitées à quelques accords, quelques images, quelques impressions. Dans It’s raining today, Scott Walker est Sinatra. Mais il se révèle avant tout lui-même, maîtrisant la dissonance jusqu’à lui donner de mélancoliques couleurs de pluie, laissant apparaître ce visage dans un train, jamais oublié depuis. Dans Copenhague, belle valse pour une ville atemporelle, We came through, dénonciation trompettante du patriotisme guerrier, Big Louise, portrait pathétique d’un travesti sur le retour, il ingère tout simplement Jacques Brel. Il digère sa cabotinerie, régurgite sa morgue. Mais à sa manière, avec sa propre science de l’outrance suggestive. Certains morceaux durent moins de deux minutes : le joli Butterfly, ou le grotesque 20th century man, protest song à prendre à on ne sait quel degré. Two weeks since you’ve gone, chanson de rupture éminemment classique et sombre, conclut cette série de compositions sur une belle note sombre. Et, pour clore l’affaire avec un peu de pompe, Brel revient une dernière fois avec Sons of (pas la mieux), Funeral tango (très réussie)... et If you go away. Pareil, à se prendre dans la figure, sinon ce n’est pas drôle.

Le quatrième épisode, Scott 4, est en toute logique entièrement signé "Engel". Il apporte à l’univers, provisoire, de Scott Walker une sorte de synthèse : une ouverture magistrale (The seventh seal, récit envoûtant du film de Bergman), une vignette digne de Scott 3 (On your own again), une ballade folk à la Tim Hardin (Duchess), un grand moment d’atonalité brumeuse (Boy child), des coups de rasoir taillés dans le monde (Hero of the War, The old man’s back again), un peu de paillettes pour finir (Rhymes of goodbye)... Il poétise, livrant avec The angels of ashes des métaphores d’une belle limpidité sur le temps qui passe. Il est, en somme, à deux doigts de se trouver.

Pourtant les décennies suivantes nous le montreront confronté à des concepts albums à moitié ratés (Til’ the band comes on), des B.O. de séries Z improbables (The rope and the colt), un retour chez des Walker Brothers reconvertis en ménestrels pour ménagères, puis des flirts avec la musique industrielle, la disco mécanique, le chaos, la folie... Mais ça, c’est une autre histoire. Reste, avec ces quatre disques, une fascinante épopée, un cas limite d’artiste ayant saisi la pop à bras le corps pour en faire une affaire personnelle. Avec ce que cela suppose de guimauve, de provocation, de panache ! De Brendan Perry à Nick Cave, de Neil Hannon à Jarvis Cocker, de Marc Almond à Julian Cope, on ne compte pas les gens qui lui disent merci. Fort heureusement, ça commence à se savoir...



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Boris Ryczek





Il y a 17 contribution(s) au forum.

Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"
(1/13) 8 juillet 2014, par Pamela1
Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"
(2/13) 24 avril 2014, par Pearl
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(3/13) 18 décembre 2013, par Malika
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(4/13) 8 mai 2013, par Jamescarlos
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(5/13) 8 mai 2013, par Jamescarlos
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(6/13) 8 mai 2013, par Jamescarlos
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(7/13) 8 mai 2013, par Jamescarlos
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(8/13) 19 avril 2013, par King01
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(9/13) 13 avril 2013, par PunkVSUmar
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(10/13) 27 novembre 2012, par weng
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(11/13) 25 avril 2011, par Initiative Zarma
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(12/13) 11 avril 2010
Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"
(13/13) 5 avril 2010




Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"

8 juillet 2014, par Pamela1 [retour au début des forums]

Ce commentaire uniquement histoire de faire montre de ma motivation à la découverte de cet article. Pamela du comparatif banque

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Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"

24 avril 2014, par Pearl [retour au début des forums]

Votre site, superbe il est vrai, ressort vraiment sur le net, en ce qui me concerne je fait nombre de recherches online. En conséquence un grand merci pour votre apport. Pearl du guide de robot de trading

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18 décembre 2013, par Malika [retour au début des forums]

Bonne idée de donner votre avis là-dessus, nos observations convergent. Malika du blog proteine-pas-cher .net

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    Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"

    12 janvier 2014 [retour au début des forums]


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    12 janvier 2014 [retour au début des forums]


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8 mai 2013, par Jamescarlos [retour au début des forums]

on ne compte pas les gens qui lui disent merci. Fort heureusement, ça commence à se savoir... HP0-S35 || HP0-Y44 || HP2-E51

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8 mai 2013, par Jamescarlos [retour au début des forums]

une vignette digne de Scott 3 (On your own again), une ballade folk à la Tim Hardin (Duchess), HP0-D21 || HP0-J56 || HP0-J59

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8 mai 2013, par Jamescarlos [retour au début des forums]

une ouverture magistrale (The seventh seal, récit envoûtant du film de Bergman), une vignette digne de Scott 3 HP0-D15 || HP0-D17 || HP0-D20

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8 mai 2013, par Jamescarlos [retour au début des forums]

Le quatrième épisode, Scott 4, est en toute logique entièrement signé "Engel". Il apporte à l’univers, EX0-117 || HH0-130 || HIT-001

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19 avril 2013, par King01 [retour au début des forums]

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Scott Walker : "Scott", "Scott 2", "Scott 3" & "Scott 4"

13 avril 2013, par PunkVSUmar [retour au début des forums]

d’avoir découvert quelque chose d’extraordinaire et d’unique, on pourra les comprendre aussi...

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27 novembre 2012, par weng [retour au début des forums]

"Our customers are loving the ’phablet’- big is sometimes better and this certainly is the case when it comes to the Bedove X2 Phone," said Vodafone’s general manager of devices, Katie Turkal.

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25 avril 2011, par Initiative Zarma [retour au début des forums]

Bon article sur un bon sujet.

Remerciements tardifs.

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11 avril 2010 [retour au début des forums]

Merci pour ce superbe article sur ce génie.

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5 avril 2010 [retour au début des forums]

...et certains comme rufus machin et sufjan bidule, lui ont tout piqué !

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