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Frank Zappa & The Mothers Of Invention : "Uncle Meat"
Free Frank

jeudi 20 décembre 2007, par Marc Lenglet

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On ne le répétera jamais assez mais il est impossible d’écouter les œuvres de Frank Zappa de la même manière qu’un album de rock classique, en quête du refrain, de la mélodie qui fait mouche, du riff qui tue, de l’ajout d’un élément particulier qui décidera de la réussite au non d’un titre. Aux yeux du néophyte, un album de Zappa consiste en un agglomérat d’éléments a priori incompatibles qui semblent arrangés au petit bonheur la chance dans un maelstrom qui, dans le meilleur des cas, s’avère vaguement irritant. C’est très paradoxal mais pour apprécier un album de Zappa, il vaut mieux déjà connaître les autres albums de Zappa !

Vous me direz qu’il faut bien commencer un jour ou l’autre par quelque chose. En tout cas, Uncle Meat, quoique pièce majeure de la discographie du maître, n’est peut-être pas la voie d’accès la plus indiquée pour pénétrer dans cet univers unique. Cet album marque en effet le point de départ d’une nouvelle orientation artistique de Zappa, qui le verra peu à peu abandonner la pop absurde et décalée au profit d’une forme d’écriture plus exigeante et plus technique. Uncle Meat est tout d’abord la bande sonore « d’un film que vous ne visionnerez sans doute jamais » comme l’affirmait un sticker collé à l’intérieur du vinyle original. Faute de moyens financiers puis de temps et d’envie, le film en question ne verrait finalement le jour que vingt ans plus tard, mélange abscond et décousu de prises de vue de la vie quotidienne des Mothers of Invention à la fin des années 60.

Sans s’effacer complètement, le Zappa satiriste laisse ici la place au Zappa artiste et expérimentateur. Les déprédations commises à l’endroit des styles musicaux en vogue dans les années 60 - le doo-wop surtout - ainsi que l’esprit absurde et facétieux des chansons, sont toujours présents mais Zappa a cette fois laissé son humour en poche, préférant accorder ses faveurs à une approche très instrumentale, résolument tournée vers un free-jazz mâtiné de nombreux éléments classiques et de rock. L’artiste américain a, après tout, toujours prétendu faire du rock pour devenir célèbre mais n’être réellement passionné que par la musique contemporaine, et cet album en apporte un témoignage tout à fait clair. Toujours est-il qu’à partir d’ici, Zappa commencera à développer avec beaucoup plus d’obstination les polyrythmies qui feront sa renommée... De même qu’il affinera le concept de xénochronie, ainsi qu’il baptisait l’extraction d’un riff de guitare ou de n’importe quelle autre section instrumentale et sa réutilisation dans un contexte totalement différent. La longue suite instrumentale King Kong, divisée en six sections, offre un exemple très abouti de cette nouvelle orientation, et sera d’ailleurs à son tour réutilisée sur des réalisations ultérieures de Frank Zappa, savamment triturée jusqu’à en devenir méconnaissable. Autre exemple, le thème principal du film Uncle Meat, une sorte de petite musique de chambre cruellement martyrisée, revient lui aussi tout au long de l’album sous de multiples variations.

Cependant, Uncle Meat ne requiert pas exclusivement un haut niveau d’attention pour être apprécié : tout concentré sur sa quête de la musique savante qu’il soit, Zappa a néanmoins composé quelques très beaux morceaux pop, presque « classiques » au regard de ses habitudes, à l’instar de l’incontournable Cruisin’ for burgers, du délirant Dog breathe, in the year of plague ou de l’audacieux Project-X. Et on retrouve, de manière parfois un peu envahissante, la facette « documentaire » des albums de Zappa qui, au travers une multitude de courts dialogues, pose comme à chaque fois le cadre temporel - et psychologique - dans lequel l’album fut élaboré. Au menu cette fois, le casting de Ian Underwood (multi-instrumentiste talentueux qui fera par la suite un bon bout de chemin avec Zappa), le retour de la mystérieuse Suzi Creamcheese et quelques réflexions sur le statut de groupie ou l’envie mortifère de gagner de l’argent.

La version CD d’Uncle Meat, sortie avant le film, ajouta un unique morceau très rock, Tengo na minchia tanta (« J’ai une grosse bite » en dialecte sicilien), un peu à contre-courant du reste puisque composée à une époque très différente, ainsi que près de quarante minutes d’extraits sonores du fameux film qui servit de prétexte à l’album. Un ajout plus que dispensable puisqu’à l’instar de l’immense majorité des séquences parlées sur les albums de Zappa, il s’agit de dialogues sans queue ni tête entre les Mothers, très hermétiques pour tout qui n’aurait jamais pris du peyotl avec eux durant les années 60.

Uncle Meat, ovni incompréhensible pour l’amateur de rock peu enclin à l’œcuménisme, possède pourtant un charme marsien assez déstabilisant. Ne correspondant à aucune définition préétablie de l’album pop, rock, blues, psychédélique, années 60 ou quelque autre qualificatif qu’on puisse lui donner, il reste une œuvre en perpétuel réinvention, une sorte de canevas de base pour de futurs triturages artistiques, qui témoigne d’une maîtrise certaine de son auteur pour une forme d’expression musicale radicalement différente de la musique populaire. Si, comme moi, vous n’aviez qu’une connaissance tout sauf approfondie de la musique contemporaine, Uncle Meat donne l’impression d’avoir pénétré dans un palais des glaces où les règles du jeu ont de toute évidence été établies par quelqu’un qui ne partageait pas du tout votre point de vue sur la question... Quelle que soit cette question d’ailleurs. Qu’on ait ou pas une notion très précise de ce que doit être le rock, que l’on considère - ou pas - que tout ce qui dépasse deux accords et demi est irrémédiablement vicié par la prétention, que l’on estime - ou pas - que le tryptique guitare-basse-batterie est la condition sine qua non pour mériter la qualification de groupe de rock, une expédition au cœur de ce chaos maîtrisé ne pourra en aucun cas s’avérer décevante ou ennuyeuse. Et à tout prendre, l’écoute d’un énième album de Frank Zappa vous aidera sans nul doute à mieux appréhender les autres... y compris ceux que vous connaissiez ou pensiez déjà connaître.



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Marc Lenglet





Il y a 24 contribution(s) au forum.

Frank Zappa & The Mothers Of Invention : "Uncle Meat"
(1/4) 8 octobre 2012, par weng
Frank Zappa & The Mothers Of Invention : "Uncle Meat"
(2/4) 14 août 2012, par Deline
Frank Zappa & The Mothers of Invention : "Uncle Meat"
(3/4) 21 décembre 2007
Frank Zappa & The Mothers of Invention : "Uncle Meat"
(4/4) 20 décembre 2007




Frank Zappa & The Mothers Of Invention : "Uncle Meat"

8 octobre 2012, par weng [retour au début des forums]

Unfortunately, the ACHO C905T Android 4.0 go lacks a front-facing camera for video calls and self-portraits. We think this is a disappointing omission given its rugged capabilities.

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Frank Zappa & The Mothers Of Invention : "Uncle Meat"

14 août 2012, par Deline [retour au début des forums]

Ce site est vraiment cool.

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Frank Zappa & The Mothers of Invention : "Uncle Meat"

21 décembre 2007 [retour au début des forums]

ALBUM A CHRONIQUER D’URGENCE : Wu-Tang Clan : 8 Diagrams

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Frank Zappa & The Mothers of Invention : "Uncle Meat"

20 décembre 2007 [retour au début des forums]

Portes d’entrée de l’oeuvre de Zappa (relativement) accessibles :
- Freak Out : album avec des mélodies ayant une queue et une tête
- Hot Rats : pas un solo de guitare chiant, quelques interventions de Captain Beefheart
- Cruising with Ruben and the Jets : le doo-wop version zappa, très bien parce excentrique ET accessible, et des superbes chansons (au premier degré, oui oui !)
- One size fits all : un album qu’on écoute en riant..

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    Frank Zappa & The Mothers of Invention : "Uncle Meat"

    20 décembre 2007, par Kewell [retour au début des forums]


    J’adore ce disque, l’un de mes préférées de sa discographie.

    Sans transitions, ça trolle pas mal sur "Depeche Mode, le choix dans la date" et "Gronibard". Ah, le désavantage d’ouvrir les discussions aux inconnus !!

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