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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
Soyez réalistes, demandez l’impossible !

mercredi 27 octobre 2004, par Marc Lenglet

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Album emblématique de la vague protest-song du début des années 60, ce petit bréviaire de l’artiste engagé a également amorcé le début d’une vaste reconnaissance populaire pour le jeune Bob Dylan, reconnaissance dont il n’aura de cesse de chercher à se défaire par après. The freewheelin’ Bob Dylan dévoile un jeune homme nourri à la lutte sociale, bourré d’idées et de convictions qu’il défend avec une verve et un talent déjà fermement établis.

Dylan, fasciné par le personnage de Woody Guthrie (célèbre artiste folk engagé qui, dans les années 30 et 40, parcourait le pays armé d’une guitare gravée des termes This machine kills fascists), part sur les traces de son mentor malade à New-York au début des années 60. Bénéficiant de l’aura et de la sympathie du vieillard, le jeune homme se fait rapidement remarquer dans le milieu de la scène folk de Greenwich village. Son premier album, exclusivement composé de reprises de morceaux traditionnels, ne recueille pourtant qu’un succès d’estime. Sa compagne de l’époque, Suze Rotolo, lui fait alors découvrir le Congress of Racial Equality. C’est une véritable révélation pour Bob Dylan. Il comprend que s’il souhaite se faire sa place au soleil, il doit, non plus compter sur la fidélité à la tradition, mais entrer de plein pied dans le siècle, en abordant les sujets qui fâchent, en défendant haut et fort les convictions qui soudent une jeunesse avide de changement, et en fustigeant les ennemis de l’évolution et les gardiens de l’immobilisme social. La Protest-song était née ! Et incarnée presque à elle seule par l’immortel Blowin’ in the wind, qui souffre aujourd’hui d’une réputation de chanson "scoutesque", juste bonne à endormir une troupe des jeunesses catholiques au coin du feu. Il est vrai que l’interprétation abominablement lyrique de Joan Baez ou celle plus naïve de Peter, Paul & Mary l’ont, malgré leur immense succès, plus desservie qu’autre chose. A la base pourtant, Blowin’ in the wind est une œuvre forte et dérangeante, qui secoue près de deux siècles de société inégale et bien ordonnée. En quelques interrogations parfois imagées, Dylan fait le tour des grandes questions qui agitent la société américaine : la liberté, la justice, l’égalité des hommes, la guerre. Le ton est juste, entre détachement et intérêt sincère pour le sujet. Il est d’ailleurs à noter que Dylan, sans pour autant faire preuve de capacités vocales renversantes, se montre généralement très à son avantage sur ce deuxième album. Quoique toujours un peu nasillard, il semble se montrer particulièrement préoccupé par le juste ton à donner à chaque chanson, pour un résultat généralement mesuré et précautionneux, plutôt agréable à l’oreille. Bientôt, Dylan se mettra à chanter n’importe comment… Et faux, la plupart du temps. Blowin’ in the wind est également critiqué à sa sortie car n’apportant aucune réponse digne de ce nom. Dylan s’en défend : The answer is blowin’ in the wind. La solution est là, quelque part, et lui pas davantage qu’un autre, ne s’attribuera la paternité de l’avoir découverte. C’est encore aujourd’hui l’un des premiers morceaux qui vienne à l’esprit lorsqu’on pense à Bob Dylan, même si ce dernier semble désirer se défaire de cet encombrant héritage (au point de rassurer Bono lors d’une interprétation hasardeuse en duo en 1984, en lui révélant que lui aussi avait oublié les paroles !).

Masters of war est superbe de bout en bout. Sur une mélodie sombre, Dylan s’en prend indifféremment aux marchands d’armes, aux carriéristes politiques, aux spéculateurs, à tout ceux qui bâtissent leur richesse sur le sang d’autrui, ceux pour qui la menace et la guerre sont le meilleur moyen d’asseoir leur puissance. Les accusations sont d’une gravité sans précédent. Dylan leur reproche d’avoir instillé à l’humanité la pire crainte qui puisse exister : celle de faire des enfants. En termes forts, Dylan les maudit, leur souhaite la mort et la damnation éternelle de leur âmes, qu’aucune liasse de billets verts ne pourra racheter. On est en 1963, et l’Amérique de Kennedy semble toujours vivre dans un conte de fée perpétuel que Dylan et ses semblables ne tarderont pas à faire vaciller.

Talkin’ the world war III blues fait partie de ces étranges créations, où le sujet paraît grave, le message obscur et le contenu plutôt amusant. Ainsi, Dylan ne décrit pas spécialement les ruines jaillies dans le sillage d’un conflit apocalyptique, mais glose sur le plaisir de conduire une Cadillac après une guerre mondiale, la difficulté d’obtenir une opératrice téléphonique, et le refus de communiquer du dernier survivant, persuadé que le musicien est communiste. Il est utile de préciser que Dylan se situe en tant que narrateur et nouveau pensionnaire fraîchement arrivé dans un asile psychiatrique, et que le morceau a été presque entièrement improvisé en studio.

A hard rain’s a-gonna fall est composée au cœur de la crise des missiles de Cuba. Cette série de visions apocalyptiques témoigne de l’angoisse éprouvée par l’Amérique à l’idée d’avoir des batteries de missiles nucléaires soviétiques à quelques encablures de côtes de Floride. Plus globalement, Bob Dylan y condamne l’hypothétique sécurité de l’Ouest reposant sur la course aux armements et l’équilibre de la terreur. Le bluesy Oxford town quant à lui, condamne la répression sévère des manifestations ayant suivi un incident racial. Si l’album est dans l’ensemble très engagé, Dylan se laisse pourtant aller déjà à l’époque à plus de légèreté. Ainsi, Girl from the north country ou Corrina, Corrina sont des chansons d’amour, toutes simples, toutes naïves, sans le moindre sous-entendu. Déjà à 22 ans, Bob Dylan ne semble guère avoir d’illusions. Premier texte purement personnel et autobiographique (sa relation avec Suze Rotolo est en train de sombrer), Don’t think twice, it’s all right transpire déjà ce fatalisme et ce cynisme avec lesquels il envisagera souvent les relations sentimentales. D’une manière générale, peu de choses semblent générer en lui des bouffées d’optimisme. Même ses rêves (Bob Dylan’s Dream) ne lui inspirent qu’un constat amer sur le temps qui passe, la jeunesse qui se fane et les amis qui disparaissent.

Géniteur d’une œuvre critique et militante, luttant à la fois sur le plan du concret (guerre, lutte pour les droits civiques,…) et de l’abstrait (plaidoyer pour un amour sincère, débarrassé des convenances d’une société sclérosée), Bob Dylan devient un véritable guide spirituel, à la fois pour une jeunesse fatiguée des repères hypocrites des générations précédentes, mais aussi pour les musiciens contemporains. A une époque où le rock’n roll est encore synonyme de musique écervelée pour danser et faire la fête, les artistes qui ont quelque chose à dire vont se tourner vers le folk. Quelques concerts plus tard, cette situation lui laissera un goût amer. L’immobilité artistique du mouvement folk le gène aux entournures. L’obligation de jouer les pasionarias des grandes causes l’irrite de plus en plus. Et à chacune de ses prestations, la vision des bandes de corniauds en chemise à fleurs qui forment des chaînes humaines sans même faire attention à ses textes achève de le dégoûter du militantisme. La Protest-song est devenue à ses yeux une nouvelle mode, un nouveau divertissement populaire fort rentable, et il est temps de quitter le navire. Une électrisation sauvage de ses compositions le fera passer du stade de messie à celui de paria pour les sentinelles de la pureté folk, tandis qu’il mettra un point d’honneur à saboter méthodiquement sa carrière mainstream et à décevoir l’amour de ses fans.

The freewheelin’ Bob Dylan reste encore aujourd’hui passionnant à écouter, et le temps n’a que peu entamé l’impact de cet album majeur des années 60. Les sujets évoqués sont universels et facilement transposables de quelques décennies, même si le contexte politique a bel et bien changé. Le génie précoce du Zim trouve ici une splendide démonstration. Car il faut bien admettre que ni l’aspect mélodique, ni l’aspect vocal - malgré leur qualité tout à fait décente - ne sont particulièrement mémorables. Les très discrets accompagnements électriques, rajoutés par le jeune producteur Tom Wilson sous l’impulsion du manager de Dylan, ne troublent en rien la nature profondément acoustique de l’album. Dylan, sa guitare, son harmonica. L’austérité à l’état pur. Si les textes engagés et parfois drôles n’atteignent pas encore les sommets de poésie et les gouffres de symbolisme obscur de certaines des œuvres suivantes, elle témoignent déjà du talent particulièrement vivace du jeune artiste. En somme, c’est bien une mystérieuse alchimie qui permet à un compositeur talentueux, mais musicien sans éclat et chanteur bas de gamme, d’offrir un recueil de chansons qui, 42 ans après leur sortie, sont loins de présenter uniquement un intérêt historique.



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Marc Lenglet





Il y a 24 contribution(s) au forum.

Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(1/12) 22 mai 2013, par alandavid
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(2/12) 20 mai 2013, par Tinnitus
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(3/12) 6 mai 2013, par Raju
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(4/12) 4 mai 2013, par CM
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(5/12) 29 octobre 2012, par JunJames
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(6/12) 25 septembre 2012, par weng
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(7/12) 17 septembre 2012, par Latonya
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(8/12) 14 août 2012, par Mcwatters
Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(9/12) 21 août 2007, par rené
des questions ::
(10/12) 2 juillet 2005, par yassine
> Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(11/12) 10 février 2005, par Paul, Chloé et Camille (éleves de lycée)
> Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"
(12/12) 28 décembre 2004, par DAID




Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

22 mai 2013, par alandavid [retour au début des forums]

The Velvet Underground was an incredibly fluid band over time, with members moving in and out of the band. Through the years, the band had a number of different singers or vocalists who each contributed to varying degrees. great personal statements

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

20 mai 2013, par Tinnitus [retour au début des forums]

As you know most sufferers of tinnitus can be so frustrating to go through a treatment method after another to find that either do not provide any relief or the side effects are worse than the cure.tinnitus miracle system

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

6 mai 2013, par Raju [retour au début des forums]

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

4 mai 2013, par CM [retour au début des forums]

En face B du disque vinyle, on se prend dans la tronche une improvisation assourdissante de plus de vingt minutes (extraite d’une jam-session

642-447 || 642-874 || 642-902

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

29 octobre 2012, par JunJames [retour au début des forums]

I really love dissertation writing . Thank you for sharing this post about Bob Dylan.

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

25 septembre 2012, par weng [retour au début des forums]

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

17 septembre 2012, par Latonya [retour au début des forums]

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

14 août 2012, par Mcwatters [retour au début des forums]

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Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

21 août 2007, par rené [retour au début des forums]

Ce qu’il y a d’extraordianaire dans cet album, c’est que , quand on l’a écouté des dizaines de fois, il n’est plus nécessaire de le poser sur sa platine : il suffit de regarder la pochette et vous entendez la musique. Etonnant non ?

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des questions ::

2 juillet 2005, par yassine [retour au début des forums]

salut
comment ça va ?
je me suis retrouvé sur ce site (cet articl) juste par coinsidance.
et j’ai 2 ou 3 petites questions a vous poser...
avant de les poser je v me presenter dabord. je suis un jeun marocain agé de 22 ans. j’aimerais juste savoir les marque de guitares preferé de bob dylan et la 2 question c’est pourquoi on trouve la majorité des artiste (chanteur et guitarist) des philosophe. c’est qoi le rapport entre ses choses la.
et a la fin si tu connais la reponse et mm si tu les connais pas je vous enpris de me repondre a cette adresse :
the_art_2@hotmail.com
amitié
yassine

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> Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

10 février 2005, par Paul, Chloé et Camille (éleves de lycée) [retour au début des forums]

Monsieur Langlet,
suite à la lecture de votre article extremement interressant, nous avons ressenti l’envi de vous en féliciter. Nous sommes éleves de lycée et dans le cadre de travaux pratiques nous sommes amenés à etudier la vie de bob dylan ainsi que l’influence qu’il a eu sur sa génération et la portée philosophique du personnage. Nous nous demandions si vous accepteriez de nous fournir de plus amples informations sur ce dernier point, par e-mail ou bien au cours d’une rencontre.
Veuillez croir monsieur à l’expression de nos sentiments les plus dévoués.

Paul Schnepp, Chloé Guerin, Camille Fabre

camifabre@hotmail.com

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> Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

28 décembre 2004, par DAID [retour au début des forums]

BOB DYLAN
LE SEUL POINT NEGATIF DE L ARTISTE C EST QU IL A RATé SA MORT ET REUSSI SA VIE.

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    > Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

    24 novembre 2010 [retour au début des forums]


    J’adore mettre la minuscule uniquement pour un accent ... c con ...
    Mais en 2004 l’époque était pas merdique comme maintenant, on se cherchait pas la merde l’un l’autre ... donc j’aimerai dire à la place, vive toi de 2004 tu a raison sur tout ce que tu fais.

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      > Bob Dylan : "The freewheelin’ Bob Dylan"

      27 novembre 2012, par fredвау [retour au début des forums]


      I’d appreciate to chat about several illusion when it comes to this subject, since it’s pretty essential for us to be aware of something about how to avoid such a hard challenge later on. Thank you guys for blogging this information and facts. I like the some people’s feelings and it’s a enjoyment to certain it. Take a moment to comment on my articles, cause i am not a a winning player. casino en ligne france

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