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Neil Diamond : "Classics : The early years"
L’Elvis juif

mercredi 23 juin 2010, par Jérôme Delvaux

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Neil Diamond a vendu environ 120 millions d’albums dans le monde en quarante-quatre ans de carrière. Elton John et Barbra Streisand sont les seuls artistes de sa génération encore en vie qui ont réussi à faire mieux. Et pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, ses deux premiers albums, The feel of Neil Diamond et Just for you, sortis respectivement en 1966 et 67, n’ont même jamais été édités en CD.

Les maisons de disques font parfois des choix étonnants lorsqu’il s’agit de rééditer le catalogue de leurs artistes. Le label Capitol, par exemple, a choisi, au moment de graver sur Compact Disc le répertoire des Beach Boys, de regrouper leurs albums deux par deux. Surfin’ Safari et Surfin’ USA ont donc été réunis sur un seul et même disque, et ainsi de suite. Pet sounds, leur album le plus prisé, a quant à lui été pressé deux fois sur le même CD : en mono puis en stéréo… Etrange idée, n’est-ce pas ? On pourrait aussi longuement s’étendre sur le scandale du transfert ADD, à savoir le mixage et la gravure en numérique de bandes enregistrées en analogique. La généralisation de cette méthode (la plus facile et la moins coûteuse) lors de l’apparition du Compact est à la base d’une véritable escroquerie : alors qu’on nous vendait la lecture laser optique comme offrant une qualité sonore unique, les vieux LP transférés à la va-vite en CD proposaient un son oscillant, selon les éditeurs, entre le passable et le médiocre (ce qui, en soi, justifie pleinement aujourd’hui le rachat des albums remasterisés). Il suffit d’écouter les premiers pressages en CD des albums de Siouxsie & The Banshees de l’ère du vinyle pour prendre la pleine mesure du massacre : certains sont tout bonnement inécoutables.

Et Neil Diamond donc, bien qu’étant immensément populaire, lorsqu’arrive la technologie CD, au début des années 80, Colombia réédite ses albums en laissant de côté ses deux premiers 33 tours dont ils détiennent les droits : les pourtant capitaux The feel of Neil Diamond et Just for you. Des vingt-trois plages que comptent les quatre faces de vinyle, on ne garde que douze titres et on sort le tout sous le titre Classics : The early years. A l’intérieur, ne cherchez pas de livret, photos, informations ou paroles de chansons, il n’y a rien d’autre qu’un simple feuillet. Même lorsque Classics, l’objet, est réédité (la dernière fois en 2008), c’est toujours sous cette forme minimaliste dénuée de tout intérêt et qui, il faut le dire, pousse au téléchargement.


Nous en arrivons au plus important : les chansons. Car que valent au fond les débuts du songwriter en 1966-67 ? Est-ce un hasard, un accident ou la faute à pas-de-chance si ses deux premiers albums ne marcheront absolument pas ? Hé bien, à 25-26 ans, même s’il semble encore hésiter entre rester un rockeur ou s’affirmer en crooner romantique (bien que ce ne soit pas forcément incompatible), le chanteur déborde déjà de talent. Car c’est peu dire qu’il y a de très bonnes choses sur cette compilation. Si vous avez vu Pulp Fiction de Quentin Tarantino, vous connaissez d’ailleurs forcément la reprise qu’a fait le groupe américain Urge Overkill de son titre emblématique, Girl, you’ll be a woman soon. Hé oui, beaucoup de gens l’ignorent, mais il s’agit bien d’une reprise. Et il ne fait aucun doute que la version originale l’enfonce pour ce qui est de la grâce et de la sensualité. Neil Diamond - c’est son vrai nom - n’est pas surnommé l’Elvis juif pour rien : c’est un magnifique interprète. Il a une très belle voix, son timbre dégage un charisme, une vibration, une chaleur, un charme difficilement définissable mais bien réel.

Toujours sur le même disque, la très belle Red, red wine sera, elle, reprise par UB40, qui, en ayant bien saisi tout son potentiel pop, en fera un numéro 1 du top britannique en 1983. Quelques années plus tard, Chris Isaak, Johnny Cash et même HIM (!), séduits par la finesse de ses mélodies, s’attaqueront à Solitary man, un autre grand classique de son répertoire. Ces références suffisent à confirmer que non, les débuts de Neil Diamond ne sont absolument pas anecdotiques ou dépourvus d’intérêt : l’influence de ses premières compositions perdure depuis presque cinq décennies. Sa voix pleine de nuances, l’efficacité de ses refrains, la profondeur de ses paroles, bref tous les ingrédients de son succès international à venir, sont déjà présents dès The feel of Neil Diamond et Just for you, deux albums qui, oui, mériteraient d’être - enfin - remasterisés et édités individuellement en CD.

Si vous possédez ces deux disques en vinyle, conservez-les précieusement. Leur rareté leur donne beaucoup de valeur, comme des diamants.



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Jérôme Delvaux